POUR LA TRANSFORMATION DU MONDE: LA NAISSANCE D'UN PEUPLE NOUVEAU |
Recherche de la Paix
Ce XXe siècle qui s'achève a été marqué d'abord par des tensions internationales ayant abouti à
deux tragiques guerres mondiales, dont la seconde fut couronnée par l'entrée dans l'ère
atomique. Le demi-siècle qui a suivi fut dominé par l'apparition de l'ONU, par l'émergence
consécutive à la décolonisation d'un nombre considérable de nouveaux Etats, et par la Guerre
froide qui avait, jusqu'à la chute du Mur de Berlin, maintenu dans le monde un équilibre
précaire. Aujourd'hui, où en sommes-nous?
Les spectaculaires progrès scientifiques de notre passé immédiat, qui ont débouché sur la
conquête spatiale, rendent aussi possible notre anéantissement, avec la guerre totale.
S'il nous restait une chance d'éviter un désastre, la laisserions-nous nous échapper? Ou bien
serons-nous entraînés vers l'abîme par l'apathie, l'aveuglement, la déraison? Peut-on encore
poser les bases d'une paix et d'une sécurité durables en cette dangereuse période intérimaire qui
nous sépare de l'Age nouveau, de ce "Royaume de Dieu" auquel l'Humanité et toutes les
religions n'ont cessé d'aspirer au cours de leur évolution? Nous examinerons brièvement
quelques-unes des formules qui sont actuellement proposées.
? La sécurité collective
La politique de sécurité collective part de l'hypothèse qu'il faudra constamment rester sur la
défensive contre tel ou tel ennemi, à demi-identifié, qui se proposerait de lancer une attaque
dans le monde, avec des armes nucléaires ou bactériologiques sans doute.
Les blocs de puissances peuvent adopter cette politique, et mettre ainsi en danger la paix
qu'ils entendent justement sauvegarder.
La "sécurité collective", ni totalement collective, ni absolument sûre, est vouée à l'échec.
? Les Nations Unies
L'ONU ne servirait à rien si elle n'avait d'autre but que de promouvoir la sécurité collective.
Son utilité tient au fait qu'elle recèle la promesse de relations internationales de coopération,
fondées sur des bases altruistes et apolitiques. L'action de ses institutions spécialisées est de
plus en plus profitable à l'humanité.
Aussi l'ONU constitue-t-elle surtout un instrument capable de susciter une conscience
mondiale et un sentiment d'unité mondiale. Elle est l'expression d'un désir universel de paix et
de sécurité. Mais elle ne pourra les réaliser tant qu'elle aura davantage à s'occuper d'apaiser les
conflits que d'édifier la paix.
? Gouvernement mondial !
Les partisans d'un gouvernement mondial préconisent de persuader les Etats-nations de céder
certains de leurs droits souverains à un Gouvernement mondial fédéral. Ils estiment que ce
serait possible si étaient modifiées les structures et la Charte des Nations Unies. Les Etats
subsisteraient, mais sans avoir la latitude de faire la guerre.
Ce serait éminemment souhaitable, mais la méfiance est telle à l'égard de tout organe
susceptible de dominer le monde qu'aucune Puissance n'ose courir le risque de voir surgir
une espèce de Super-Etat. De plus, aucun accord n'existe, même parmi ceux, peu nombreux,
qui jugent indispensable un gouvernement mondial, quant à la forme qu'il prendrait. La
préférence, surtout parmi les peuples ayant lutté pour obtenir leur indépendance, va toujours à
une indépendance nationale totale.
Retour à la raison
Ainsi, ni la politique de sécurité collective, ni l'ONU, ni les projets de gouvernement
mondial fédéral reposant sur un abandon librement consenti de la souveraineté
nationale ne peuvent abolir la peur ni les méfiances qui empêchent l'instauration d'un
ordre mondial pacifique et coopératif.
Alors, quel autre moyen trouver pour revenir à la raison? Au stade actuel, particulièrement
périlleux, des affaires humaines, il est indispensable de procéder à un travail de pionniers qui
sera nécessairement accompli par une minorité de personnes prêtes à se mettre au service de
l'humanité dans son ensemble.
LA NATION-VOUÉE-AU-SERVICE (Nation Universelle)
Un mot peut résumer à la fois ce que notre époque présente de prodigieux par rapport aux
siècles antérieurs et la maladie qui le mine: la PUISSANCE. Seul un esprit de SERVICE peut
faire obstacle à la volonté de puissance qui mène fatalement à la perte. C'est pourquoi le
premier pas à accomplir, pour un retour à la raison, consiste à retrouver le sens de la
responsabilité et du devoir. L'appartenance nationale doit s'élever au-dessus de l'égoïsme
dont fait preuve le nationalisme, au-dessus du désir d'acquérir des territoires ou des ressources,
au-dessus de l'esprit d'agression que de tels objectifs engendrent nécessairement.
Comment y parvenir? Toute tentative dans le sens du service doit revêtir une forme
communautaire susceptible de servir d'exemple, et consister en une expérience d'unité
mondiale vécue, et de citoyenneté mondiale dotée d'un statut qui lui éviterait l'implication dans
les conflits. Les Nations Unies ont déjà établi des précédents concernant un statut de service
mondial, et il s'agira de les exploiter et élargir afin qu'ils servent à l'édification d'une Nation-
vouée-au-service-de-l'Humanité, comptable au premier chef envers l'Humanité.
Les citoyens de cette Nation formeraient un peuple d'un type nouveau, dépourvu d'armements,
impartial, faible matériellement, se consacrant au bien-être de tousles peuples. Son statut
particulier serait reconnu et respecté internationalementl en raison de sa nécessité vitale.
Fondements moraux et spirituels
A travers des siècles de vie communautaire, l'Homme a acquis un sens des valeurs spirituelles
et morales, et s'est donné des lois, coutumes et institutions qui servent à faire appliquer ces
valeurs. Il s'est efforcé de faire en sorte que les conditions de sa vie en communauté soient
conformes à ce qui était juste à ses yeux. La Nation Universelle se donnera donc les mêmes
objectifs à une échelle mondiale et compte tenu des données propres à notre époque.
Représentative de l'humanité tout entière, elle sera animée d'un esprit humanitaire, aura une
conscience planétaire, renoncera à toute tentative de coercition ou de destruction. Ses
citoyens représenteront l'apport de chaque communauté humaine au bien commun: ils seront
dégagés de certaines obligations nationales, non dans leur intérêt propre, mais pour
s'acquitter de responsabilités plus lourdes et plus larges.
Conférer une âme collective au monde
Les considérations éthiques et spirituelles étant le fondement essentiel de la Nation
Universelle, celle-ci jouera au sein des Etats-nations le rôle que l'âme joue dans le corps. Sa
conduite reposera sur trois grands principes: le service, la médiation et l'exemplarité. Sa vision
et sa cohésion interne grandiront à mesure que se développera un esprit national sui generis,
dominé par le souci de donner une âme collective au monde des nations et d'introduire dans
le domaine politique la dimension éthique.
La création d'un peuple mondial à part, au service du monde, ne portera pas atteinte aux
structures internes ni à la forme de gouvernement des Etats, et n'entraînera l'instauration
d'aucun pouvoir supérieur à ceux-ci. Elle impliquera au contraire l'existence d'un organe libre,
animé d'intentions amicales, inspirant aux nations non la crainte, mais confiance et respect.
Structures et mise en place de la Nation Universelle
La particularité des tâches dévolues à la Nation Universelle en conditionnera les structures et
la mise en place. Juridiquement, aucun obstacle ne s'oppose à sa constitution.
Un précédent existe d'ailleurs: la Communauté des citoyens du monde (Commonwealth of
World Citizens), devenue ensuite la République Mondcivitaine (The Mondcivitan Republic),
dont la Constitution provisoire avait été adoptée en 1956 à Cardiff, au Temple de la Paix. Les
étapes à observer pour la formation de la Nation sont décrites dans l'ouvrage By What
Authority?1 ,de Hugh J. Schonfield, fondateur de la Communauté.
En septembre 1961, la République Mondcivitaine avait transmis aux Etats membres de l'OTAN
et du Pacte de Varsovie, puis au Secrétariat des Nations Unies et aux ministres des Affaires
étrangères de 35 pays non alignés ou neutres un texte dénonçant les dangers des retombées
nucléaires. Le Canada, soutenu par 24 pays, avait alors présenté à l'Assemblée des Nations
Unies une résolution s'inspirant de ce texte. Cette résolution avait été adoptée par 70 voix,
avec 18 abstentions.
Ce fait suffirait à lui seul à montrer que la Nation Universelle, loin d'être une utopie, est
une perche tendue à l'homme du 21e siècle, une planche de salut, qui l'aidera à
surmonter les périls qu'il devra affronter, dans un monde de plus en plus complexe et
tourmenté, tant que n'adviendra pas l'Ere Nouvelle, ce "Royaume de Dieu" dont
l'avènement dépend précisément de l'existence d'une NATION neutre, sans territoire,
sans armements, bienveillante et désintéressée, au service de l'humanité.
1 Herbert Joseph Ltd, Londres, 1945. Cet ouvrage est épuisé, mais sa réédition est prévue. Des extraits pourront
par ailleurs être procurés aux personnes qui, si elles désirent être tenues au courant de l'éventuelle diffusion
d'un recueil de citations importantes, voudront bien envoyer une enveloppe à leur adresse, accompagnée d'un
coupon-réponse international, à : Ch. Valensin, 5 Bijou, F.01210-Ferney-Voltaire.